À l’occasion du Salon International des Mines, Industries et Carrières de Guinée (SIMICG 2026), le Thème VII met en lumière un enjeu crucial : “Former pour transformer”. Les universités et centres de formation professionnelle ont un rôle déterminant à jouer dans la réussite de l’écosystème Simandou, ce méga-projet minier qui promet de propulser la Guinée parmi les leaders mondiaux de l’exploitation du fer. Ce panel, prévu lors de l’événement, soulignera la nécessité d’adapter les formations aux besoins réels des secteurs minier, industriel et logistique, afin de créer une passerelle solide entre formation, compétences et emploi.
Les défis de Simandou : un besoin urgent de compétences qualifiées
Le projet Simandou, l’un des plus grands gisements de minerai de fer inexploités au monde, représente un investissement estimé à plus de 20 milliards de dollars. Porté par un consortium incluant Rio Tinto, Winning Consortium Simandou et Chalco Iron Ore Guinea, il devrait générer des milliers d’emplois directs et indirects d’ici 2030. Cependant, comme l’a récemment rappelé le ministre des Mines et de la Géologie, Dr. Moussa Magassouba, le principal frein n’est pas le minerai lui-même, mais le manque de main-d’œuvre qualifiée. “Sans formation adaptée, Simandou risque de rater sa transformation socio-économique”, a-t-il averti lors d’une conférence préparatoire.
Les besoins sont concrets : géologues spécialisés en exploration, ingénieurs en traitement minier, techniciens en maintenance lourde, experts en logistique ferroviaire et portuaire, sans oublier les compétences transversales en santé-sécurité, environnement et gestion de projets. Selon un rapport de la Banque Mondiale de 2025, la Guinée doit former au moins 50 000 jeunes d’ici 2028 pour absorber ces opportunités, sous peine de voir les emplois externalisés vers des pays voisins comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire.
Le rôle pivot des universités guinéennes
Les universités publiques comme Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC) et la nouvelle Université de Koundara jouent déjà un rôle pionnier. L’UGANC a lancé en 2025 un master en ingénierie minière en partenariat avec l’École des Mines de Kédougou (Sénégal), formant 200 étudiants par an à l’extraction durable et à la métallurgie. “Nous alignons nos curricula sur les standards internationaux, avec des modules pratiques sur la simulation de mines à ciel ouvert”, explique le recteur, Pr. Alpha Barry.
À Koundara, près des blocs miniers de Simandou, l’université minière en gestation intègre des laboratoires virtuels et des stages obligatoires chez Rio Tinto. Ces initiatives visent à former non seulement des techniciens, mais aussi des managers locaux capables de négocier des contrats et de superviser des JV (joint-ventures).
Les centres de formation professionnelle : l’atout de la proximité
Les centres de formation professionnelle (CFP) complètent cette chaîne. Le CFP de Boké, spécialisé dans l’industrie bauxitique, étend ses programmes à Simandou avec des formations certifiantes en soudure, électricité industrielle et conduite d’engins lourds. En 2026, il accueillera 1 500 apprentis via un fonds financé par SMB-Winning. De même, l’Institut National de Formation Professionnelle (INFOP) de Conakry propose des modules courts (3-6 mois) en logistique, adaptés au corridor ferroviaire Simandou-Kindia, long de 650 km.
Un exemple inspirant : le partenariat entre le Centre de Formation aux Métiers des Mines (CFMM) de Kankan et Emirates Technical & Safety Development Centre. Il a déjà certifié 500 soudeurs selon les normes API 1104, prêts pour les pipelines de gaz associés à Simandou.
Vers une passerelle formation-emploi : des partenariats gagnants
Pour transformer ces efforts en emplois stables, le panel SIMICG 2026 plaide pour des “passerelles concrètes” :
• Cohorte d’apprentissage : Alternance obligatoire (50% théorie, 50% pratique) avec embauche prioritaire.
• Certification duale : Diplômes reconnus par l’industrie (ex. : CompTIA pour IT minier).
• Fonds de formation : 2% des revenus miniers alloués à un pot commun, comme au Ghana avec son Minerals Income Investment Fund.
• Inclusion numérique : Plateformes e-learning pour former en zones rurales, via Orange ou MTN.
Des succès préliminaires existent : 70% des diplômés du CFP Boké sont embauchés localement, réduisant le chômage des jeunes de 25% dans la région.
Perspectives : une transformation inclusive pour la Guinée
Former pour transformer, c’est plus qu’une formation technique ; c’est bâtir un écosystème inclusif où les femmes (visant 30% des effectifs) et les communautés locales accèdent aux emplois décents. Comme le résume le coordinateur du panel, Dr. Fatoumata Diallo : “Simandou ne sera pas qu’une mine, mais un levier de développement humain.”
Le SIMICG 2026, du 15 au 17 avril à Conakry, sera l’occasion de sceller ces engagements. Les universités et CFP ne sont pas des spectateurs : ils sont les architectes d’une Guinée post-Simandou, prospère et autonome.




